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Miguel Chevalier, l’architecture métamorphosée

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Mardi, 12 Avril 2016 09:02

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Miguel Chevalier manie les pixels comme d’autres manient le pinceau. Il crée des œuvres uniques, colorées et interactives, plaçant son art au service de l’architecture en illuminant intérieurs et façades de bâtiments. Rencontre avec cet artiste qui a longtemps été « en avance sur son temps ».

 

miguel-chevalier


A+E // Comment s’appelle votre art et en quoi consiste-t-il ?


MIGUEL CHEVALIER // Aujourd’hui, on appelle cela l’art digital ou l’art numérique et depuis plus de 30 ans, j’essaie de montrer que l’on peut développer une écriture à part entière avec les outils informatiques qui caractérisent notre époque. Si à mes débuts, j’étais à contre-courant, je récolte aujourd’hui les fruits de ma persévérance.
Avec mon équipe, nous avons créé des logiciels qui font ensuite corps avec l’espace et l’architecture du lieu choisi pour créer des œuvres uniques. Donc, même si je reprends les logiciels de base, ce sont chaque fois des œuvres nouvelles constituées de tableaux différents qui viennent alimenter la création.


A+E // Quel rapport y a-t-il entre l’architecture et votre art ?


M.C // L’œuvre existe par rapport au lieu et celui-ci est une source d’inspiration. L’oeuvre doit faire corps avec l’architecture. Au travers de cet art digital, je montre comment il peut sortir du monde de l’écran pour se développer à l’échelle d’un espace. Il y a aussi l’idée qu’avec le digital, on peut créer des rapports d’immersion dans l’image et renouveler les contenus à l’infini. Dans mon travail, je m’inspire des créations de plusieurs artistes dont Daniel Buren qui a beaucoup œuvré pour cette notion de l’in situ, de l’œuvre par rapport au lieu. Il m’a beaucoup influencé par son travail de bandes de 7,8cm.


A+E // En 2014, vous avez présenté « Les Tapis Magiques » à la cathédrale du Sacré Cœur à Casablanca, qui a été un véritable succès.


M.C //Oui, c’est vrai. J’ai choisi la cathédrale du Sacré Cœur pour accueillir l’événement car son espace et sa désuétude me touchent beaucoup. Quant à l’idée des tapis magiques, cela faisait sens par rapport au Maroc qui a une vraie culture du tapis. Je souhaitais mettre en relation les pixels et la mosaïque qui est très présente dans ce pays, avec l’univers des zelliges et de tout ce que l’on appelle l’arabesque, l’entrelacs. Du coup, ces tapis magiques avaient un côté un peu paradis artificiel, avec une succession de tableaux très organiques, ou très pixellisés sous forme de mosaïques. On a alors une sensation d’un tapis chatoyant autour de soi. Présenter les tapis magiques sur 50 mètres de long était vraiment un défi et une première. Le fait que les visiteurs puissent interagir en fonction du déplacement de leur corps et créer des turbulences quand ils marchent sur ce tapis de lumière était une autre nouveauté. Ils ont pu vivre physiquement l’œuvre en marchant dessus mais également la voir depuis la mezzanine, surtout à la tombée du jour, au moment où la lumière traverse les vitraux et vient répondre aux pixels au sol. Il y a eu un beau dialogue entre la magie de ce sol qui se transforme et les vitraux qui sont à la verticalité.


A+E // Votre objectif serait donc de réhabiliter certains bâtiments ?


M.C //C’était le but que l’on m’avait donné en faisant une relecture des lieux de la cathédrale. Grâce à cela, les gens peuvent prendre conscience des bâtiments d’exception qui nécessitent qu’on les préserve. Le but était le même au castel del Monte, à Andria dans les Pouilles, en Italie. C’est un lieu extraordinaire avec 300 000 visiteurs par an. Ce château du XIIIe siècle est basé sur l’octogone, un bâtiment mathématique, véritable folie de Frédéric II. Dans la cour intérieure de ce lieu, ceinte de 8 tours octogonales, j’ai redonné une nouvelle lecture du bâtiment, comme une idée de caléidoscope, au travers de l’installation Magic Carpets, plongeant les visiteurs dans l’univers magique des fêtes du Moyen-Age et des Contes des Mille et Une Nuits.


Mais, j’interviens aussi dans des bâtiments complètement réhabilités. Par exemple, en 2015 à Dar Batha à Fès, pour la saison culturelle France-Maroc organisée dans l’ensemble des Instituts français du Maroc. Dans ce bâtiment en très bon état, j’ai montré comment le digital pouvait s’insérer dans un univers architectural marocain, lui-même très chargé, avec des zelliges, des plafonds ciselés…
Chaque projet est donc différent, j’essaie d’affiner et de faire de nouveaux motifs en résonnance avec le lieu. Cela fait partie de ma motivation. Je ne cherche pas à cloner, c’est chaque fois une nouvelle aventure, un nouveau jeu avec chaque lieu, porteur d’une nouvelle source d’imaginaire et d’émotion. A+E // Il est vrai que vous mettez en lumières, autant les murs que les façades ou les sols. M.C // Mes créations sont effectivement très variées. A l’Université de Cambridge, j’ai été invité à créer différentes projections immersives à l’intérieur de la King’s College Chapel. Chacune de ces projections qui illustraient les recherches de Stephen Hawking sur les trous noirs ont entraîné le public dans une atmosphère magique et poétique où la science rencontre la spiritualité. Ma création « El Origen del Mundo » sur la façade du palais de Bellas Artes à México a rendu hommage aux artistes du muralisme mexicain, tels que Diego Rivera ou David Alfaro Siqueiros, dont les peintures murales réalisées dans l’espace public rendaient l’art accessible au plus grand nombre.


Je citerais encore « Digital Arabesques » créé pour le festival d’Art Islamique à Sharjah où mon installation au sol revisitait la tradition de l’art oriental par le biais des nouvelles technologies.


A+E // Votre art est à la portée de tous mais semble éphémère ?


M.C //Ce qui est intéressant dans les oeuvres à cette échelle, c’est qu’elles sont ouvertes à tout le monde, sans avoir besoin de lire des grands textes pour en comprendre la poétique. Il y a un premier degré que tout le monde peut avoir et après il y a peut-être des degrés plus conséquents entre ces liens qui me touchent :
zelliges, mosaïques, arabesques.


Les gens ne voient pas toujours mon travail comme un travail artistique mais comme un événement. Cela dépend du degré de connaissances des gens. Il y a encore une éducation à faire. Pour les collectionneurs, cela reste un art éphémère. Aujourd’hui, la photo est considérée comme un art mais il lui a fallu 80 ans pour s’imposer comme tel. Et 40 à 50 ans pour que la vidéo s’impose comme un moyen d’expression.


Entretien réalisé par Lorraine PINCEMAIL
C.photos : Miguel CHEVALIER

 

Paru dans A+E Architecture et environnement au Maroc #7 //2015

 

 

 

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