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Logement social, construire pour ou avec les habitants?
Lundi, 28 Avril 2014 16:00

 

La 5e conférence de l’Université Populaire du Patrimoine portait sur le logement social pendant la période des protectorats. Alejandro Muchada, architecte consultant, est venu nous exposer ses recherches comparatives sur la question du logement dans les villes de Tétouan et de Casablanca et les leçons qu’il en tire pour sa pratique. Pour construire des logements il faut entendre l’usager dès la conception.

 

Avant de débuter un exposé historique sur l’évolution de l’habitat au Maroc, l’architecte a tenu à inviter les participants à réfléchir à la signification de l’expression « Université Populaire ». Il s’agissait à l’origine de rendre accessible à la « masse laborieuse » un savoir duquel il était jusque là tenu à l’écart. Alejandro Muchada compare sa démarche en tant qu’architecte à celle du conférencier qui veut construire un savoir avec ses auditeurs plutôt qu’apporter un éclairage à un public supposé « inculte ».


La période du protectorat sur laquelle portait l’essentiel de la conférence ne peut pas être comprise sans faire un état de la construction d’avant 1912. A l’époque c’est la loi islamique et la conception locale d’appropriation de l’espace qui domine. Il n’existe pas de spéculation immobilière. Ce dernier paramètre va être bouleversé sous le protectorat et son modèle de production urbaine capitaliste. On enregistre un boom dans la construction qui entraine une spéculation sans précédent, et structurellement, dès le début de la ville coloniale, on trouve des quartiers populaires exclus. En réponse, l’administration met d’importants moyens pour résorber les bidonvilles. En effet la croissance de la ville ne parvient pas absorber l’exode rural. Les constructions de cités « indigènes » visent à donner aux usagers un cadre de vie qui s’approche de leurs villages d’origine, c’est pourquoi les architectes introduisent des motifs néo-mauresques, une organisation flexible des espaces développés autour d’un patio central. Ces constructions sont néanmoins marquées par la rationalisation de la conception et du mode de production : utilisation du béton, présence d’éléments de confort tels que l’électricité, l’eau courante,...


Sous le protectorat il existait une différence importante entre le nord administré par l’Espagne et le centre du Maroc administré par la France. L’Espagne a un pouvoir plus faible et engage moins de moyens. Les propositions urbaines d’agrandissement des villes du nord articulent la médina historique avec la ville nouvelle. La classe ouvrière espagnole partage les espaces et les conditions de vie de la classe ouvrière marocaine. Les résultats, en ce qui concerne la production du logement social, sont pourtant tout à fait comparables. A la nuance près que les propositions des français sont plus radicales. C’est le cas des immeubles Nid d’abeilles et Sémiramis (1952, G. Candilis, S. Woods) ou Sidi-Othmane (1955, J. Hentsch, A. Studer) dans le quartier Carrières Centrales. La cité Moulay Hassan à Tétouan (1955, Alfonso de Sierra Ochoa) présente des similitudes : proposition d’une trame régulière, maisons à patios associées à une construction verticale. Les propositions espagnoles de modernisation du logement montrent une certaine continuité avec la maison traditionnelle avec des échelles d’applications réduites et des solutions moins abstraites et plus proches des besoins des usagers.


Aujourd’hui les logements créés par ces architectes
visionnaires, au rayonnement international, ont été profondément modifiés par les habitants eux-mêmes ce qui nous permet de nous interroger sur la réelle adéquation entre la demande des populations et l’offre architecturale fournie. Les chercheurs concentrent leurs études sur les objets produits, alors que l’une des questions fondamentales, celle de la conception est peu évoquée. La conception, en concertation entre les architectes, urbanistes et les décideurs, trouve ses limites car l’usager est absent de l’équation. Ceci s’est poursuivi bien après l’indépendance.
D’où le questionnement d’Alejandro Muchada en conclusion de la conférence :
« Comment évaluer le degré de satisfaction de l’habitat du peuple marocain? Colonisé ou gouverné, toute imposition est synonyme d’insatisfaction. Si rien n’a changé, si les logiques d’imposition sont les mêmes, quelles sont les alternatives pour l’habitat marocain? » C’est pourquoi il propose une réponse en écho avec sa pratique : « L’alternative est que l’idée de l’habitat soit construite par les habitants! »


Les conférences de l’UPP sont organisées par l’association Casamémoire et l’Institut Français de Casablanca. Programme consultable sur :
www.casamemoire.org


Pour plus d’informations, visiter le site internet :
www.tetouanmodernchallenge.com

Yohann BOUIN

 

Paru dans Chantiers du Maroc N°115 - Mars 2014

 

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