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Enseigner et promouvoir l’acier par un enseignement adapté et attractif
Vendredi, 02 Octobre 2015 08:02

richard-leyenberger

 

 

Tombé très tôt dans la marmite de l’enseignement de l’acier, aussi bien en école d’architecture que d’ingénieurs, Richard Leyenberger se rendit vite compte de la nécessité de démystifier l’apprentissage de cette technique en adoptant une démarche pratique et pragmatique ou le dialogue entre architectes « concepteurs » et ingénieurs « calculateurs » permet souvent de belles réalisations.


R.L : Il m’a été proposé de vous faire part de mon expérience d’enseignement, et pour moi par voie de conséquence, de promotion des constructions métalliques dans une école d’ingénieurs et d’architecture française : l’INSA de Strasbourg, anciennement l’ENSAIS, qui a un département de Génie Civil et, c’est rare dans une école d’ingénieurs, un département Architecture formant des architectes ayant des bases techniques plus affirmées que ceux d’autres écoles où l’aspect «Beaux-Arts» est plutôt privilégié.
J’ai fait toute ma carrière dans la spécialité des constructions métalliques, de la chaudronnerie et de la construction de bateaux fluviaux dans une entreprise de Strasbourg. J’ai occupé à peu près toutes les fonctions de l’organigramme.


Alors que j’étais responsable des Etudes, l’école d’ingénieurs m’a un jour sollicité pour remplacer provisoirement le professeur de constructions métalliques parti pendant un an en Iran dans le cadre d’un programme d’assistance. On ne m’a plus lâché et j’y ai enseigné pendant plus de trente ans, en parallèle de mes fonctions dans l’entreprise, à raison, en moyenne, de deux heures de cours de résistance des matériaux appliquée aux calculs des structures et de quatre heures de travaux pratiques, essentiellement des projets de constructions métalliques. J’ai également participé à l’organisation des concours annuels d’architecture sponsorisés par «Construir’Acier» que monsieur Ménage a évoqués. Je vous en parlerai par la suite.
J’ai dit, en préambule, « enseignement » et, par voie de conséquence, « promotion des constructions métalliques ».


En effet, j’ai constaté que les élèves ingénieurs, et les élèves architectes encore plus, ont souvent une réticence, voire une peur, à aborder la rigueur nécessaire pour concevoir et calculer des structures métalliques, ce qui nécessite la connaissance et la maîtrise des problèmes


- des stabilités d’ensemble des structures
- des instabilités des profils, flambement, déversement, voilement
- de la conception et du calcul des liaisons et attaches
- et aussi, de la complexité de certaines règlementations.


Oui, tout se calcule en constructions métalliques jusqu’au dernier boulon, rien ne doit être laissé à l’approximation !
Si ces élèves gardent cette réticence ou cette peur, ils ne seront pas à l’aise et n’aimeront pas cette spécialité. Cela aura des conséquences dans leurs futures fonctions d’architectes, d’ingénieurs, de maîtres d’ouvrages ou d’œuvres, de responsables de travaux neufs et d’entretien. En y rajoutant les soucis causés par les problèmes de protection anticorrosive et de tenue au feu, si ceux-ci sont mal compris, on réunit tous les ingrédients pour qu’ils se détournent autant que possible de la construction métallique et ne seront certainement pas des vecteurs de promotion de la spécialité.
Il s’agit donc de démystifier tous ces problèmes par un enseignement adapté, attractif, tourné vers la pratique, complétant bien sûr l’enseignement théorique nécessaire, enseignement pratique qui mette les élèves à l’aise, voire leur fait aimer la spécialité.


Quelle satisfaction de voir régulièrement des élèves, souvent parmi les meilleurs, me dire qu’ils veulent se lancer dans les constructions métalliques !
Ce type d’enseignement pratique devrait être fait, dans la mesure du possible, par des spécialistes ayant une bonne expérience dans l’industrie, spécialistes que les bureaux d’études et les entreprises devraient pouvoir mettre à la disposition des écoles. Ce serait, pour eux, un bel investissement pour le futur.


Comment faisions-nous à l’Ensais à l’époque où j’y enseignais ?

Au cours des 4ème et 5ème semestres de la scolarité de la section Génie Civil, mon objectif était que les élèves apprennent à connaître les critères de choix des conceptions, suivant les fonctions demandées aux structures et les géométries imposées ; qu’ils sachent rédiger une note de calculs d’une structure, note qui soit aussi proche que possible de celle qui aurait été faite dans une entreprise.


Je leur faisais d’abord faire les calculs à la main, sans avoir recours à l’informatique, pour qu’ils comprennent bien les sollicitations dans la structure avec leur répartition et qu’ils visualisent les déformations engendrées par ces sollicitations.
Dans un deuxième temps, ces calculs étaient refaits sur ordinateur, ce qui permettait de comparer les résultats des deux approches.
Les élèves devaient aussi réaliser certains plans d’exécution et de détails de liaisons ou attaches, encastrements, appuis sur les fondations par exemple.
Le dernier semestre de la scolarité était consacré à une « étude spéciale », sorte de thèse de fin d’études.


Les élèves choisissaient un sujet, généralement un grand projet en gestation, soit en construction en béton, soit en construction métallique, soit en construction de route ou autres. Ils étudiaient ce projet pendant environ 5 mois en étant suivis par un professeur et présentaient leur étude devant un jury de spécialistes de niveau national, dans la spécialité concernée. La note attribuée par les jurys avait la même valeur que celle de la moyenne des notes d’un semestre normal.


Ceux qui choisissaient un projet en construction métallique avaient déjà fait le choix de se spécialiser dans cette discipline.
Tout cet enseignement était complété par des visites d’usines ou de chantiers pour que les élèves voient comment on fabrique, comment on assemble, comment cela vit en grandeur nature.
Comme je l’ai mentionné précédemment, l’école organisait, et organise toujours, avec Construir’Acier, anciennement l’Otua, une expérience originale de promotion des structures métalliques en exploitant le fait qu’y sont formés, à la fois, des architectes et des ingénieurs de Génie Civil.
Cette expérience consiste à associer un élève architecte et un élève ingénieur en un binôme, pour un concours d’architecture d’une structure métallique, le sujet étant proposé par Construir’Acier. Le travail des étudiants est suivi, à la fois, par un professeur d’architecture et un professeur de constructions métalliques.


Les élèves architectes étudient le projet au niveau des formes, des volumes et de leur répartition, au niveau des impositions fonctionnelles, des flux de circulation, de l’esthétique qu’ils souhaitent créer.
Les élèves ingénieurs les aident pour que ces structures soient réalisables, soient stables, soient compatibles avec les gabarits nécessaires, pour que l’aspect économique soit pris en compte. Il y a souvent, chez les élèves architectes, ce que j’appelle de belles « envolées artistiques » avec, à la clé, parfois de belles idées mais aussi, parfois, des « atterrissages » douloureux imposés par les élèves ingénieurs.


L’essentiel est cependant le dialogue entre les deux, l’enrichissement mutuel par la compréhension des nécessités de chacun, la recherche des meilleurs compromis.
Le projet, matérialisé par des maquettes, des plans, des notes de pré-calculs, est présenté devant un jury présidé par Construir’Acier, composé d’enseignants, d’architectes, de responsables d’entreprises de constructions métalliques.
Après délibération, le président du jury commente devant les élèves les choix de classement. Le concours est récompensé par trois prix.
Croyez bien que ces élèves sont finalement convaincus qu’il est possible de réaliser de belles constructions en acier. Marcel Dassault a dit un jour qu’un bon avion est un bel avion.
Moi, je suis persuadé qu’une bonne structure est une belle structure.


Et, pour réaliser de bonnes et belles structures, il faut former des architectes, des ingénieurs, des techniciens qui se sentent à l’aise dans la discipline, qui pensent « acier » Cela est possible avec un enseignement de qualité, attractif.
N’est-ce-pas là la première et la plus efficace des promotions ?

 

Paru dans CDM Chantiers du Maroc n° 130 – Juin 2015

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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