Archimedia, 1er groupe des médias du bâtiment au Maroc

Formation des architectes : le CNOA rédige un brillant mémorandum
Vendredi, 08 Février 2013 09:25

CNOA

Il arrive trop tard car les jeux sont déjà faits. Pendant des années le CNOA a préféré la politique de la chaise vide à celle de la négociation constructive. Il n’en reste pas moins que le mémorandum intitulé « Dénonçons l’esprit des lois qui sapent les fondements séculaires de notre profession » qu’il a publié le 26 décembre 2012 garde tout son sens. Il restera une plateforme dans les discussions que le CNOA est amené à tenir sur l’avenir de la profession. Nous le publions dans son intégralité.

L’architecture, art universel, sans frontière, est par définition chose publique. La civilisation, la culture d’un peuple se mesurent en partie à son architecture, à la façon dont les habitants établissent domicile.
Habitat, établissement humain, domiciliation sont effectivement des marqueurs particulièrement spectaculaires de toute forme de civilisation.
Le Maroc, pays d’une grande civilisation, n’échappe pas à cette règle. C’est à ce titre que les architectures dynastiques, des Idrissides aux Alaouites, comme par ailleurs ses architectures vernaculaires du sud au nord ont exprimé dans toute leur richesse et leur diversité le génie du peuple marocain et perpétuent encore sa culture et son identité. L’architecture moderne et contemporaine du Maroc actuel n’est pas en reste. Elle jouit aussi, à sa manière, d’une grande notoriété internationale à travers ses différentes expressions allant de l’art déco au high tech, en passant par le fonctionnalisme et le postmodernisme , justement parce qu’elle a su préserver son identité marocaine tout en se frayant sa voie vers la modernité et le progrès.
C’est dans ce sens que l’on attend de l’architecte marocain qu’il continue à faire de l’architecture de son pays, quelle que soit son échelle, domestique, urbaine, territoriale ou paysagère, l’expression de sa culture, une activité socialement responsable, humaniste, culturellement engagée et fondamentalement éthique.
Faire de l’architecture un acte sociale ment responsable, c’est aussi donner à l’architecture la possibilité d’être au service de tous et lui restituer sa pleine signification d’utilité publique.
Préserver cette valeur fait partie de notre devoir humain, non seulement en tant que profession, mais aussi en tant que citoyen responsable. A ce titre, la mission du Conseil national de l’Ordre national des architectes doit être aussi de participer à la valorisation de ce pan de notre identité professionnelle. L’exercice de notre métier d’architecte exprime ainsi les valeurs singulières d’une telle identité. Tout du moins, elle devrait les exprimer. Le problème est qu’avec cette nouvelle loi du 14 décembre que vient de promulguer le gouvernement, qui a jugé bon d’autoriser désormais les écoles privées d’architecture à accéder directement à l’exercice libéral sans que les lauréats de ces établissements n’aient la formation requise pour cela, est de nature à saper les fondements même de ce qu’est l’architecture.
Faut il encore rappeler aux promoteur de cette loi, que le diplôme national d’architecte reste un diplôme protégé par l’Etat, qui comme toute profession réglementée, à l’instar de la médecine universitaire, sanctionne une formation exigeante, empreinte d’une grande responsabilité civile et pénale, qui ne peut en aucun cas devenir le privilège d’une quelconque organisation commerciale, professionnelle ou corporatiste.
Vivons-nous la fin de l’assimilation de notre métier à une pratique culturelle aux antipodes des valeurs du marché? La défense de cette valeur, qui fonde encore l’essentiel des revendications des architectes contemporains de par le monde, a-t-elle encore un sens pour nous architectes marocains?
Face à la montée en puissance des velléités de certains groupuscules mercantiles à pousser l’administration de tutelle à décréter des lois qui assimilent la profession à la valeur marchande, que faut-il faire ? Quelles actions devrionsnous entreprendre ? Faut-il abandonner tous nos acquis historiques et revendications qui étaient celles des fondateurs du métier depuis Alberti aux pionniers de l’architecture moderne, en passant par Adolf Loos ou Le Corbusier, et qui continuent d’être les nôtres. Accepteriez- vous d’être mis devant le fait accompli et assister passivement à la mort d’une profession millénaire : l’architecture pour tous, expression généreuse d’une idée démocratique de l’architecture, accessibles aux méritants et aux femmes et hommes architectes de talent de notre pays, semble désormais derrière nous.
Si une telle situation vous interpelle, Mesdames et Messieurs les architectes, alors mobilisons-nous et agissons en connaissance de cause. En promulguant sa nouvelle loi du 14 décembre, le Ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Politique de la Ville, outrepassant toute règle convenue et sans consulter le Conseil national de l’Ordre des architectes, le représentant légal de la profession, a voulu mettre la profession devant le fait accompli pour autoriser les lauréats de l’école privée d’architecture de Casa (EAC) à accéder à la profession d’architecte, à titre libéral.
Il va sans dire que cette façon d’agir du ministère de tutelle, n’est nullement responsable, puisqu’elle va à l’encontre de l’intérêt général de la profession et de l’image de notre pays, puisque fondée strictement sur l’intérêt privé des promoteurs du projet de l’école de Casablanca qui peinait, par ailleurs, à respecter les cahiers des charges de l’école à la base de sa création et les normes pédagogiques telles que stipulées par la réglementation en vigueur pour normaliser la formation académique dispensée par cette école .
De plus, au moment où la profession s’attendait à un débat de fond avec la tutelle et autres acteurs concernés sur le contenu de la formation pour que l’on ait des idées claires à la fois sur les profils à former et sur la pédagogie de l’enseignement de l’architecture qui traverse de fait une crise sans précédant, compte tenu du cumul des grandes inadaptations successives de la formation au sein de l’Ecole Nationale d’Architecture, l’ex-ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de l’Aménagement de l’Espace se démet du caractère public de l’enseignement de l’architecture et, dans le même temps, autorise la création, à Casablanca, d’une école d’architecture privée.
La légèreté de l’approche adoptée par l’ex-ministère de tutelle et son caractère expéditif, a dû également faire passer sous silence la singularité du projet pédagogique de l’institution à créer, eu égard aux contraintes normatives imposées par les textes de lois afférents à la réforme de l’enseignement supérieur connue sous le système L.M.D, comme également les adaptations de la formation des architectes face aux mutations contemporaines qui rendent la formation de l’architecte plus exigeante et responsable.
En minimisant ces aspects fondamentaux, le sens du métier et les responsabilités socio-culturelles séculaires de l’architecte inscrits dans la tradition, étaient quasiment remis en cause. C’est pourquoi le Conseil National de l’Ordre des Architectes et tous les conseils régionaux du Maroc restent convaincus que la question est complexe et ne peut être expédiée de cette manière, sans un véritable débat de société sur la question L’intérêt éminemment public de l’enseignement de l’architecture et le caractère complexe des activités qui exposent constamment l’architecte à de lourdes responsabilités (sociale, culturelle, pénale, juridique, éthique et politique) demandent donc que le ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Politique de la Ville adopte, aujourd’hui plus que jamais, une politique clairvoyante dans le domaine de la formation des architectes, en rupture notamment avec les attitudes velléitaires et peu cohérentes qui ont marqué son département du rant la dernière décennie. Aussi, pour pouvoir proposer une solution durable à ce problème qui mérite un traitement de fond, il serait plus judicieux de ne plus se contenter, comme on a l’habitude de le faire, d’entériner des coups partis et de mettre la profession devant le fait accompli.
C’est seulement de cette manière que l’on pourra, nous semble-t-il, toucher le fond du problème et mettre en perspective des solutions durables, déclinées en un véritable projet de développement de l’enseignement de l’architecture et de sa promotion en de véritables pôles de formation fondés sur des normes d’excellence et de partenariat entre public et privé à l’échelle nationale et régionale.
A ce titre, le triptyque Licence (Bac +3), Master (Bac +5) et Doctorat (Bac +8), qui va s’imposer à l’avenir comme une norme nationale, voire internationale, offre des possibilités énormes pour réorganiser, au Maroc, le paysage de la formation des architectes.
Il faut désormais faire face à la réalité et ne plus craindre de faire évoluer en profondeur une situation qui, sous une apparence normale, masque la crise profonde de l’enseignement de l’architecture au Maroc. Si aujourd’hui le ministère en charge actuellement de l’enseignement de l’architecture continue de penser qu’il faut créer des écoles privées d’architecture, le Conseil national de l’Ordre des architectes et les conseils régionaux pensent, de leur côté, que cela peut être rendu possible si des règles de jeu, avec des garde-fous clairs, sont mises en place pour dissuader les écoles privées de toute tentative mercantile et en plaçant l’enseignement privé de l’architecture sur des segments de formation autres que ceux qui consistent à octroyer le diplôme professionnel national d’architecte qui lui, en revanche, doit rester impérativement un diplôme protégé, une prérogative de l’Etat et non celle d’une quelconque organisation d’obédience privée ou professionnelle.
Aussi, en toute logique libérale, le ministère de tutelle, avec l’appui de l’enseignement supérieur, les enseignants - chercheurs de l’ENA et celui de la profession, peut cependant déléguer une partie de cet enseignement au secteur privé, mais seulement dans le cadre des possibilités offertes par le système L.M.D, notamment pour les formations de Premier Cycle de Licence professionnelle et de quelques filières qualifiantes.
Aussi plaidons-nous pour l’idée que le ministère en charge de l’enseignement de l’architecture n’a pas intérêt, compte tenu des enjeux qui risquent d’exposer la profession et son système d’enseignement à une véritable dégradation, à engager un processus de privatisation d’un enseignement supérieur de cette importance nationale.
La complexité de la question mérite un débat de fond, entre professionnels, enseignants- chercheurs, politiques et acteurs socio-professionnels, pour étudier et mettre en perspective les possibilités qui s’ouvrent à tout un chacun. C’est de cette manière que l’on pourra entrevoir sereinement des solutions durables partagées et organiser, éventuellement, le champ de la formation des architectes par la mise en place d’un réseau d’écoles d’architecture à l’échelle des régions, où l’association secteur privé-secteur public pourrait servir l’intérêt général et concrétiser les nouvelles opportunités que peut offrir la réforme LMD, tant pour la profession et les enseignants-chercheurs que pour les relations fructueuses que ces établissements privés de formation sont censés établir avec le monde du travail et celui de l’innovation .
C’est pour cela que nous, architectes, demandons, à travers le Conseil national des architectes et les conseils régionaux, au ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Politique de la Ville de retirer sa loi des négociations au sein du parlement et d’ouvrir un débat serein et responsable avec la profession et ses représentants pour trouver une solution durable et équitable à la pratique de la profession et au système d’enseignement qui lui sert de référence.
C’est pourquoi, nous demandons d’élargir le débat sur la nécessité de créations de lois qui doivent défendre l’intérêt général en vue de renforcer l’essence et les acquis de la profession en demandant la promulgation :
1. d’une loi sur l’utilité publique de l’architecture,
2. d’une loi sur la protection de l’enseignement de l’architecture de toutes tentatives de mercantilisation ou marchandisation de la formation,
3. d’une loi sur la place prépondérante de la profession dans l’octroi des équivalences des diplômes avec le diplôme national d’architecture.
C’est pour toutes ces raisons que nous demandons à tous les architectes du Maroc de se mobiliser pour faire face à ces absurdités engagées par le Ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Politique de la Ville.

Le Conseil National de l’Ordre des Architectes

 

Architecture bancaire : la clarté au rendez-vous !

  Les banques marocaines n’ont pas toujours été soucieuses de l’image qu’elles communiquaient aux citoyens. De l’établis...
Lire la suite
 
Video
Bannière

<< >>

sondages
Les architectes peuvent apporter beaucoup !

  Azdine Nekmouche, comme ancien président élu du Conseil Régional de la région de Casablanca, est bien au fait des dangers que...
 
Le BTP turc accompagne les grands projets du Royaume

  Depuis plus d’une décennie déjà, les entreprises de BTP turques installées dans le Royaume ne cessent d’accroitre leurs p...
 
Coffrage : Fenie Brossette et Condor consolident leur partenariat

  A l’occasion de la consolidation du partenariat entre Fenie Brossette et Condor, groupe italien spécialisé dans les solutions...
 
cevisama
eac
intermat
kerix
lire-kalpin
logo-onigt
logo-scopalto
logo_confort
piscine-expo
smartcityexpo
surface
 

Psychopathologie politique d’une société schizophrène. Par Mustapha Saha.

Le peuple marocain se distingue, depuis toujours, par son intelligence modé...
Lire la suite
 
Claude parent n’est plus, La fonction oblique a pris la tangente

Au lendemain de son 93e anniversaire, samedi 28 février 2016, « l’oncle ...
Lire la suite
 
Numerique et communication politique

La Révolution numérique tisse irrémédiablement une nouvelle société tr...
Lire la suite
 

Toutes les chroniques

sondages
La règlementation thermique des constructions au Maroc ( RTCM) est-elle facilement applicable ?
 
 

Les architectes peuvent apporter beaucoup !

  Azdine Nekmouche, comme ancien président élu du Conseil Régional de la région de Casablanca, est bien au fait des dangers que...
 

Plus d'interviews

Le BTP turc accompagne les grands projets du Royaume

  Depuis plus d’une décennie déjà, les entreprises de BTP turques installées dans le Royaume ne cessent d’accroitre leurs p...
 

Plus des dossiers

 
 
Copyright © 2016 Archimedia Groupe - site web officiel. Tous droits réservés.