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La nouvelle gare maritime Tanger Med
Vendredi, 04 Mars 2011 10:31

La nouvelle gare maritime Tanger Med


Le port passagers est un élément clé du dispositif portuaire de Tanger Med. Appelé à accueillir des millions de Marocains et de visiteurs étrangers, ce grand portail maritime du Royaume requiert un traitement architectural de la meilleure facture, en adéquation avec la tradition d'accueil du pays. L'ouvrage se doit également de marquer le souci attentif de modernisation des conditions de voyage, le confort et la sécurité du passager, s'affichant comme les priorités de l'autorité portuaire.

L'Agence spéciale Tanger Méditerranée (TMSA) a lancé, le 29 juin 2007, un concours national d'architecture pour la conception de la gare maritime du port passagers de Tanger Med. Le concours portait sur la conception d'un ensemble architectural organisé autour de la gare maritime et des bâtiments satellites destinés à accueillir et à traiter l'ensemble du trafic.

Seize groupements, parmi les meilleurs ateliers d'architecture marocains, ont présenté un dossier d'intention lors de la première étape, marquant le fort engagement de la profession dans son ensemble. Sept équipes ont été retenues pour participer à la seconde étape, dont six qui ont remis un dossier le 28 septembre 2007.

Un jury international, assisté d’une commission technique, a eu à débattre dans le détail des différents projets, lors de trois séances qui se sont tenues à Rabat. Avec un fort consensus, il a été souligné l'excellente qualité de tous les projets proposés.

Celui présenté par M. Khalid Molato, en partenariat avec le cabinet Odile Decq, a été désigné comme lauréat. Le projet s'inscrit parfaitement dans le site tout en décomposant spatialement les séquences de l'embarquement et en étant particulièrement attentif au confort des passagers. Il constituera sans conteste une image forte et contemporaine, à multiples facettes, qui marquera la géographie sensible de ce lieu, de ce passage partagé par tant de visiteurs.

1er prix : Khalid MOLATO, Cabinet Odile DECQ & Benoît CORNETTE


La gare maritime s’y inscrit et exprime un lieu hautement symbolique. Elle prolonge, face au détroit de Gibraltar, ce «
finisterre » aux confins de la Méditerranée et de l’océan Atlantique, entre Maroc et Espagne. Le projet se fonde sur la liaison de ces réalités matérielles et culturelles de Tanger, la plurielle. Cette proposition de gare maritime ultramoderne en termes de logistique, de transport et de traitement des flux migratoires, porte une attention particulière aux qualités d’espaces en termes d’accueil, de rencontre et d’aménité, pour les voyageurs, les partants, les revenants, les restants. Le port de Tanger Med est à la fois un lieu de convergence et un territoire de passages. Deux mers, deux continents ici se côtoient et s’abordent.

Passagers en partance ou en retour, dans un sens ou dans l’autre, tous, ici, doivent faire une pause. L’espace, les formes, les couleurs et l’ambiance sont là pour signifier l’accueil, l’apaisement dans les fils du stress du voyage. Le terminal est ouvert, blanc, doux et lumineux.

Le parti architectural a volontairement détaché la salle d’embarquement à distance du terminal et au milieu du trajet vers les bateaux pour plusieurs raisons. La première est liée au confort de la perception des trajets et des distances. La salle à mi-parcours ménage des temps plus courts de déplacement en les divisant. Elle permet au voyageur, souvent harnaché de bagages, de faire étape dans son cheminement vers les bateaux. La seconde est liée à la nécessaire impression psychologique du détachement. Du terminal à la salle, le voyageur est déjà parti. La pause dans la salle d’embarquement lui permet, installé face au large, de songer encore à ce qu’il vient de quitter tout en se projetant déjà au-delà. Le passage, avant et après, dans les passerelles perforées de multiples feux de lumière, jouant des ombres et des lumières, est une promenade qui, par ses rythmes alternés, ménage en permanence des surprises de vues sur la mer, de véhicules au-dessous comme sur la mer du détroit au loin.

Vus du dessous, depuis les voitures, ces tubes de béton blanc animés de perforations servent de guides visuels vers les bateaux. Ces voyageurs stationnés au sol sont ainsi guidés vers les oasis où ils pourront se désaltérer. Ces oasis sont, comme celles du désert, repérées par des bouquets de palmiers groupés autour des satellites, installés dans le fil des passerelles, où les voyageurs en autocar peuvent également faire halte avant l’embarquement.

Des plages circulaires de lumière s’étalent au sol englobant les parkings d’avant l’embarquement. Comme des nappes colorées, elles offrent des variations chromatiques chaudes qui se fondent en dégradés jusqu’aux extrémités de chaque aire de parking. Le centre est intense et se diffuse comme une ondulation.

Les huit parkings offrent huit ensembles qui n’en font qu’un, les intensités chromatiques font apparaître un disque central orange qui vient se fondre dans un anneau large et rose qui lui-même plonge dans un autre blanc, puis la lumière blanche se transforme en rose puis en orange, le voyageur a traversé une nouvelle zone de parking. Le parking des camions, plus en retrait de la mer fait surgir trois grandes zones de cercles lumineux se fondant les uns dans les autres, la proposition chromatique donne un pourpre comme lumière centrale qui se transforme en orange dans l’anneau qui l’entoure puis subtilement se fait magenta, celui-ci vient se fondre dans le blanc, lumière qui réunit tout l’ensemble.

Ces ensembles monochromes s’offrent à la déambulation des voyageurs mettant en valeur le site, et tout élément faisant partie des lieux : véhicules, personnes, arbres.

Les voyageurs plongent dans des bains de couleurs pour une expérience visuelle leur apportant une vision renouvelée du site de la gare maritime lorsque l’astre diurne a quitté les lieux. Cette installation lumière s’élabore comme une nouvelle expérience de l’espace.

La nuit, les réflexions lumineuses et chromatiques se diffusent tout alentour, dans des formes souples et comme nouvelle matière du sol. Notre champ de réception capte des ondulations douces et accueillantes qui exaltent tout élément.

Cette lumière, matière translucide comme une bulle lumineuse, englobe les voyageurs.

2e Prix : Khalid & Rachid Bohsina avec Dominique Lyon & Pierre Du Besset

Le Maroc a été une des plus fécondes terres d’élection de la modernité. De ce mouvement, tel qu’il a été défini au début du 20° siècle, il reste de magnifiques réalisations.

Aujourd’hui, porté à réagir contre les excès de la globalisation, l’esprit moderne a changé. Il s’interroge sur la spécificité des lieux et sur la diversité des intelligences, mais aussi il tente de respecter les équilibres naturels. La modernité de notre projet répond à ces interrogations.

Que peut-on saisir de l’intelligence architecturale marocaine ?

Il nous semble que plusieurs caractéristiques la distingue :

Les volumes sont simples, ils signifient la réserve et s’ils sont décorés, par des motifs abstraits, c’est avec discrétion. Par contre, un évènement fait contrepoint, crée une tension : couleur vive des toitures, coupole, galerie, percement monumental…, et la sophistication, la vitalité, l’intelligence, s’expriment ainsi clairement, sans bavardage. Pas d’ostentation donc, pas de geste inutile. Puis au caractère réservé, très calculé de l’extérieur, succède, une fois le seuil passé, une grande aménité, voire de la sensualité : y contribuent les jeux de la lumière et de l’ombre, la présence de l’eau, l’arrangement des couleurs et des matières… La gare que nous avons conçue procède de cette analyse. Le volume est simple, sans affect inutile. Sa sophistication vient de ce que ses façades ont été travaillées par un motif de percements réguliers. Sa force de caractère tient au fait que des grandes « portes » y sont taillées et que rien de tout cela n’est inutile. Tout rentre dans une stricte économie qui assure avec clarté le fonctionnement de la gare et règle les rapports avec l’environnement, avec le soleil et avec l’eau.

La poétique de la gare La conception d’une gare dépend beaucoup de la pensée rationnelle et de la maîtrise technique. Elle doit aussi rendre sensible le caractère poétique de ce lieu générateur d’émotions. Départs, retrouvailles, espoirs s’y cristallisent et la mémoire d’une gare est composée d’une infinité de ces moments.

Nous avons conçu une gare parfaitement rationnelle dont la poésie tient au fait qu’elle apparaît comme un lieu intermédiaire entre pesanteur et mouvement, entre émotions humaines et puissance des machines.

Elle possède la stabilité propre aux infrastructures, mais les multiples jeux de la lumière sur l’eau constituent une atmosphère quasiment palpable et continuellement changeante.

Elle abrite la foule et intègre d’énormes machines : les trains glissent le long d’une longue paroi vitrée, les véhicules automobiles se glissent sous le bâtiment, les bateaux, sont visibles au loin (les mouvements de terrain sont conçus pour qu’une personne pénétrant dans la gare distingue le bord des quais sans voir l’étendue des parkings). Ces engins, vecteurs d’émotion, témoins de nos transports, instruments de nos destins sont là tout proches : il n’y a pas de gare sans la présence scénarisée des machines.

Le confort des usagers vient aussi du fait que les réseaux sont rendus lisibles. Le voyageur saisit d’un seul coup d’œil le chemin à parcourir pour accéder aux véhicules automobiles, aux trains, aux bateaux. Quant à la lisibilité des différentes fonctions du hall, elle est assurée par la simplicité du plan et par la transparence des séparatifs vitrés. Dès l’abord, le paysage splendide s’impose, où la mer, l’horizontale, bute sur les formes sculpturales d’une topographie remodelée par d’immenses infrastructures.

En regard, la gare maritime apparaît modeste par sa taille. Afin d’imposer sa stature d’acteur de premier plan au sein de cette magnifique dramaturgie, où se mesurent l’eau, le relief et l’ingéniosité humaine, la gare maritime devra recomposer à son avantage les rapports qu’entretiennent ces trois éléments.

Cette nouvelle combinaison se manifestera immédiatement, à l’instar du paysage, et sans gesticulation, sans efforts inutiles qui paraîtraient de petits desseins face à ce formidable univers de formes. Quelles relations d’évidence entre la gare et les trois composantes du grand paysage ?


L’eau : La gare maritime est en eau, au propre comme au figuré

- Au propre : sa toiture, sa première façade, est constituée d’un plan d’eau d’une taille telle (15 000 m²) qu’elle se confond avec l’horizon marin. Cet horizon capturé, c’est là où l’on va, c’est là d’où l’on vient.

Ce plan d’eau est visible depuis l’autoroute sur plusieurs kilomètres, depuis les aires de péage, la capitainerie et le CTI.

- Au figuré : l’intérieur de la gare est rendu liquide par le jeu de l’éclairage naturel qui s’anime subtilement au contact de l’eau.

Le rayonnement solaire est filtré par le plan d’eau qui recouvre les verrières en toiture, ou bien il est réfléchi par les bassins situés à la périphérie de la gare.


Le relief : La gare maritime constitue une marche naturelle entre le relief et le niveau de la mer

La cour d’arrivée et de départ de la gare est prévue au niveau +14,30 m, le profil entre le relief et le port n’apparaît plus heurté, au contraire, il semble naturel. Le volume de la gare, dégagé sur ses quatre façades est dorénavant clairement posé sur le sol du port et accroché au relief.

Le franchissement des voies ferrées se fait par le haut, la perception est allégée de sa couverture et son rapport au paysage est simple.

Les infrastructures : La gare maritime intensifie les infrastructures existantes

-Elle conforte la stratégie d’inscription de TMSA dans le paysage. Sa forme parallélépipédique, objective, en béton blanc percé, correspond clairement avec les bâtiments phares, que sont la capitainerie et le CTI. L’idée d’ensemble est confirmée.

-Elle concentre et abrite les réseaux ferrés et routiers dans une seule entité : elle condense les flux.

-La gare ferroviaire est enveloppée, sans être surplombée ou écrasée par une masse bâtie en surplomb. Un train pénétrant dans une enveloppe lumineuse, c’est une formidable expérience qui est fondatrice de l’architecture ferroviaire.

-La gare routière (taxis, bus, voiture particulière) est abritée, les réseaux viaires (accès au port) sont concentrés à son endroit, ils ne se diluent pas dans le paysage.

De la même manière, les navettes se glissent sous la masse de la gare maritime.

3e prix : Abdelaziz Lazrak, Paola Patrono – Laurent Persegol - Vincent Monnot, (collaborateurs), Fatimazahra Obaid - Asma Errazi (stagiaires)

Sur un terrain où trois plates-formes se succèdent pour relier les routes en hauteur et les quais du port, la gare s’implante perpendiculairement à la voie des chemins de fer et s’étire très loin vers la mer. Cette première volonté d’inscrire la gare dans le sens « Départ

– Arrivée » trouve son adéquation dans une forme longiligne qui regroupe parallèlement les deux flux principaux de l’aller et du retour. Formée d’un volume parallélépipédique disposant de deux orifices rectangulaires, donnant pour le premier sur le parvis de l’arrivée et pour le second sur le port, la gare est conçue comme un « bâtiment-pont » franchissant les quais de chemin de fer et enjambant la zone d’embarquement.

La gare est formée d’un corps principal de 185 m de long et de 45 m de large et s’articule sur trois niveaux qui coulent l’un dans l’autre dans une même direction.

La structure constructive fait référence aux constructions nautiques ou aéronautiques.

En raison du nombre réduit de points d’appui et de leur position en retrait des façades, le bâtiment semble entièrement en porte-à-faux, au-dessus de la zone d’embarquement, renforcé en cela par son aspect de masse monolithique.

L’horizontalité qui caractérise la gare ainsi que l’absence d’ouverture sur les façades se veulent une réponse à la charte architecturale adoptée pour le port de Tanger Med. Cette disposition linéaire répond aussi à l’impératif de fluidité et de clarté du parcours emprunté par le voyageur au départ comme à l’arrivée. Une ligne droite mène du parking ou de la gare des trains vers les bateaux, via des navettes et des passerelles.

 

L’utilisation d’un même matériau en façades extérieures, de l’aluminium laqué blanc, et sur les parois intérieures et les plafonds permet d’écrire avec une grande sobriété et une économie de moyens des espaces clairs et efficaces. Ainsi la dualité intérieur-extérieur et vertical-horizontal est réduite à la lecture des zones d’ombre et de lumière générées par les différentes expositions des espaces.

La pénétration de la lumière à l’intérieur du bâtiment est contrôlée. Des sheds orientés au nord canalisent à travers des ailettes disposées sur la toiture une lumière diffuse vers l’espace central du bâtiment.

Le long des parois latérales, lorsque cela est nécessaire, la lumière est captée à travers un double vitrage comportant une tôle perforée d’un motif inspiré de l’artisanat marocain. Cette paroi vitrée, qui est dans la continuité des panneaux de façade, présente le même aspect brillant et lisse et ne crée pas de rupture prononcée dans l’enveloppe extérieure.

 

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