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Interview : Ali Kettani, un ingénieur chez les artistes
Mardi, 30 Septembre 2014 09:38

ali-kettani

 

On peut dire que Ali Kettani, propriétaire de la galerie Yakin and Boaz, a réussi à démocratiser l’art contemporain au Maroc. La galerie, qu’il a créé il y a moins de deux ans, est un espace d’exposition, d’échange, d’apprentissage et de découverte de l’art contemporain avec un cachet presque underground et rétro. On y découvre des artistes de tout bord appartenant à des styles et catégories disparates : un melting pot de créateurs qui ont inspiré Ali Kettani, cet ingénieur féru d’art devenu entrepreneur culturel à la réussite, désormais, affirmée. En quelques expositions il a su équilibrer la balance artistique du lieu et créer un univers propre à la galerie. En avril il ouvre un nouvel espace plus spacieux et continue de programmer des expositions et des artistes originaux.

 

A+E // Qu’est ce qui vous a amené à créer une galerie d’art ?

 

Ali Kettani // Le moteur principal est mon amour de l’Art et de la création artistique. J’ai la conviction que la création a besoin de trouver davantage d’écho dans la société et dans la vie quotidienne, et que de ce point de vue le chantier est vaste. La galerie a donc été conçue plutôt comme une entreprise culturelle, dédiée à l’accompagnement d’artistes et de projets artistiques divers, autour de la peinture, la photo, la sculpture, le street art et la vidéo. En ce sens, c’est une création avec un esprit de production artistique, c’est-à-dire que la finalité n’est pas uniquement l’organisation d’expositions, mais aussi des projets hors les murs.

 

A+E // Qu’est ce qui motive le choix de vos artistes ?

 

Ali Kettani // Le choix est toujours subjectif, et non dénué d’une dose de hasard, celui des rencontres et des affinités. Cela étant dit, au fil du temps se dégage une ligne artistique diverse mais harmonieuse, identifiable et appréciable par le public. Une ligne contemporaine, accessible, audacieuse, et pleine de potentiel d’évolution sur le plan créatif, et sur celui de l’appréciation des oeuvres proposées. Un autre critère concerne la capacité de l’artiste à embrasser des projets collectifs pouvant inclure plusieurs formes expressives (photo, vidéo, happenings, etc.).

 

A+E // Quels sont ceux que vous avez choisi dès les premières expositions. Quel caractère ont-ils de particulier ?

 

Ali Kettani // Notre activité sur 18 mois a mis en jeu une trentaine d’artistes, du Maroc et d’une dizaine d’autres pays. Le lien commun est leur désir d’exposer dans ce lieu, et une affinité avec les valeurs que défend la galerie.

 

A+E // A propos de l’effervescence artistique marocaine. Les artistes ne sont-ils pas surfaits ?

 

Ali Kettani // S’il y a effervescence, tant mieux, il en restera toujours des échos intéressants, et des bases d’inspiration pour les jeunes artistes. La valeur des oeuvres est quelque chose qui se construit, mais qui fluctue par nature, en fonction de critères souvent sans lien avec la valeur intrinsèque des oeuvres et leur importance dans l’histoire de l’art du pays de l’artiste ou de son mouvement. Alors, bien sûr, on peut noter certaines aberrations ici ou là. L’essentiel reste que la création marocaine dans son ensemble semble être de mieux en mieux valorisée et considérée sur le plan de sa valeur artistique et que de jeunes talents marocains émergent internationalement en même temps que les maîtres reconnus continuent de s’apprécier.

 

A+E // Les jeunes artistes peintres émergents marocains sont chers. Ne pensez-vous pas que c’est dangereux pour la promotion de cet art au Maroc ?

 

Ali Kettani //Chers comparés à quoi ? Je pense qu’il faut se garder de telles généralisations. La cote d’un artiste doit se construire patiemment, certes, mais il y a parfois des fulgurances qui viennent soutenir justement l’émergence d’un artiste et l’amener à être plus suivi. Cela étant dit, je crois qu’il faut à la fois pousser les artistes qui réussissent leur progression, et continuer à faire découvrir des artistes doués mais encore inconnus et donc accessibles à un plus large public.

 

A+E // Comment voyez-vous l’avenir de la peinture marocaine dans les 10 ans à venir ?

 

Ali Kettani // Je suis très optimiste sur la qualité artistique de ce qui sera proposé par les artistes, que ce soit en peinture ou dans les arts visuels d’ailleurs. Nous verrons ainsi de grandes signatures marocaines percer encore davantage à l’échelle internationale. Je suis moins optimiste pour ce qui est de la « demande », car les modes actuels de consommation de produits créatifs et récréatifs s’accordent assez mal avec la notion de construction patiente d’une collection d’Art. C’est donc sur ce volet que davantage de travail nous est demandé, pour créer et développer de nouveaux appétits, de nouveaux modes d’acquisition, et ne pas limiter l’Art contemporain à un ghetto doré.

 

A+E // Quel bilan faites vous depuis l’ouverture de la galerie Yakin and Boaz ?

 

Ali Kettani // Le bilan du travail accompli est très satisfaisant à bien des égards : artistique, médiatique, technique et qualitatif. Toutefois, sur le plan économique, le marché est en demande d’évolution, comme dans d’autres domaines; la visite et l’acquisition en galerie restent l’apanage d’une très petite minorité. Aussi, je crois qu’un modèle nouveau d’exposition de l’Art contemporain est à trouver, dès lors qu’on souhaite toucher un public plus large que les cercles classiques d’amateurs d’Art. La galerie a su construire et fidéliser une audience et une clientèle pour ses artistes, mais le moment est venu d’aller plus loin et de « sortir de la boîte », pour aller trouver les personnes et les institutions intéressées par l’Art là où elles sont les plus réceptives, et répondre à leur nouvelle demande d’Art d’une façon dynamique et originale.

Entretien réalisé par Frou AKALAY
Copyright & crédit photos : Yakin and Boaz


Paru dans A+E Architecture et environnement au Maroc N°3 – 2 T, 2014

 

 

 

 

 

 

 

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