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Interview : Said Guemra, Expert conseil énergie & productivité temps réel GEMTECH
Mardi, 19 Mai 2015 15:45

Said-Guemra

 

Sur quelle initiative avez-vous fait vos relevés et mesures ?

 

S.G : J’ai entendu parler du programme d’installation des plaques photovoltaïques dans les mosquées dans le cadre d’un programme lancé par la SIE, l’ADEREE, et le ministère des Habous. Connaissant le fonctionnement énergétique des mosquées, j’avais de grands doutes quant à la pertinence de ce programme. Si une mosquée consomme de l’énergie électrique de manière importante le jour, c’est qu’il y a un problème. Nos mosquées sont très bien étudiées du point de vue architectural depuis des siècles, ont un éclairage optimal et, dans certains cas, une ventilation naturelle très bien faite.


Il me semblait évident que le projet n’allait rien apporter. Mais encore faut-il apporter la preuve de ce qu’on avance. J’ai pris contact avec le responsable de la grande mosquée de Hay Riad à Rabat, qui était favorable à toute action pouvant améliorer la situation de la mosquée. N’oubliez pas que toute personne peut faire des dons à nos mosquées, et même les déduire de la Zakat. J’ai donc décidé d’apporter mon savoir-faire en matière de monitoring de l’énergie pour mieux connaître la consommation d’énergie de la grande mosquée de Hay Riad. C’est ainsi que nous avons pu disposer des courbes de charges durant deux mois d’enregistrements, à partir du mois de juillet 2014. Les mesures ont montré durant cette longue période que nous appelons dans notre jargon la période de référence, qu’effectivement, les mosquées n’ont aucun besoin d’énergie photovoltaïque. Mon initiative est une action volontariste réalisée à titre gracieux. Plus que ça, j’ai fait don des équipements qui sont encore dans cette mosquée, et toute personne qui remettrait en doute les conclusions de cette étude est la bienvenue pour auditer ces résultats. Je suis disposé à refaire les mesures en présence de tout spécialiste national ou étranger.


A-t-on, au Maroc, l’expertise nécessaire en matière de mesure des actions d’efficacité énergétique ?


S.G : On ne peut parler d’expertise dans le domaine de l’efficacité énergétique : celle qui réalise des audits énergétiques à l’infini, le résultat est un rapport qui est soigneusement rangé par l’entreprise, avec un très faible taux de réalisation des recommandations.
Les audits sont une photographie instantanée de votre consommation énergétique, on ne peut pas prévoir le comportement de cette consommation dans les jours et semaines qui suivent. 68 pays se sont réunis pour étudier cette problématique, le résultat a été l’élaboration de la norme ISO 50001 qui est basée sur un Système de Management de l’Energie, le SMEn, qui surveille à l’aide de compteurs intelligents, minute par minute et 365 jours par an, la consommation de chaque poste, la production de chaque machine pour connaître, justement, les signatures énergétiques de chaque consommateur. Les enseignements de l’ISO 50001 est la connaissance parfaite de la consommation, par poste, sur une très longue période, et passez-moi l’expression : « on ne peut plus se payer notre tête » : vous ne pouvez plus dire à une entreprise sérieusement certifiée ISO 50001 qu’elle va par exemple gagner 1000 Wh/jour sur le poste éclairage, alors que son compteur indique une consommation totale de 200 kWh/jour. Sans un plan de Mesure et de Vérification M&V, on peut duper une entreprise, comme on peut duper toute une nation, ce qui est le cas avec ce fameux projet photovoltaïque dans les mosquées.


La juste mesure protège, chose qui fait défaut de manière catastrophique dans bon nombre d’entreprises.
Dans mon propre domicile, et sans la mesure sur une très grande période, je n’aurais jamais su que le réfrigérateur pouvait doubler de consommation durant les mois chauds, et représenter 50% de la consommation totale dans la mesure où il est catégorisé A+. Or, la consommation du vrai A+ ne bouge pratiquement pas, quelle que soit la saison. Il m’a fallu deux ans de monitoring énergétique pour arriver à ce résultat : Il faut une très grande patience, mais qui vous récompense par le savoir qui n’a pas de prix.


C’est l’approche que nous adoptons chez les entreprises industrielles, grosses consommatrices d’énergie. On installe les équipements et le sondes jusqu’à la connaissance précise de la « signature énergétique » du poste suivi, le temps qu’il faut, et ensuite on procède par application des mesures appropriées. Théoriquement, on doit observer cette baisse de manière très nette sur les historiques des consommations du plan de Mesures et de Vérifications. Vous pouvez réaliser des économies astronomiques sur certains postes, mais vous devez justifier ce que vous faites par un plan de mesures et vérification crédible. L’efficacité énergétique est une grande science qui vient d’être encadrée mondialement par l’ISO 50001. On ne peut plus spéculer avec des audits énergétiques et des mesures ponctuelles. C’est une tâche de très longue haleine, mais qui vous récompense de manière certaine.


Pourquoi fait-on appel à des organismes de coopération alors qu’il y a des grands risques de supercherie ?


S.G : Je ne crois pas que ce soit nous qui faisons appel à la coopération, c’est plutôt l’inverse. On se souvient tous que les Français disaient qu’un franc investi dans la coopération rapportait 6 francs de bénéfices pour la France. La coopération internationale n’est pas présente au Maroc pour nos beaux yeux. La Banque mondiale et la Bad, qui financent en partie le projet solaire marocain, ne se sont pas empêchés de publier un rapport qui parle de la non rentabilité de ce projet, encore une fois, évidente, et des difficultés pour le citoyen marocain de subventionner l’écart entre l’énergie charbon à 0,5 Dh/kWh et l’énergie solaire à 1,62 Dh/kWh si tout va bien. Le plus grave, c’est que nos responsables jouent le jeu : On vous annonce les tonnes de C02 évités, mais jamais ce que ça va vous coûter comme nouvelle caisse de compensation que le gouvernement actuel, et quoi qu’on dise, a eu le mérite d’assainir.


Je pense toujours au proverbe qui dit : « Dieu préservez-moi de mes amis, mes ennemis je les connais ! » Pour revenir au projet des mosquées, nous avons des milliers de foyers ruraux enclavés, des écoles… tous loin du réseau électrique, pourquoi n’aiderait-on pas ces gens-là avec ces plaques photovoltaïques ? L’Allemagne a besoin de vendre ses plaques photovoltaïques par tous les moyens : on vous fait gouter par un premier don, et ensuite on vous accorde des crédits à « taux bonifié » pour acheter 100 à 200 fois la valeur du don… Ça ne nous amuse plus !


Y-a-t-il des garde-fous pour éviter de prendre pour argent comptant les conclusions de ces agences de coopération dont les recommandations ne sont pas forcément profitables à notre pays et au contribuable marocain ?


S.G : A l’heure où l’on parle, il n’y a aucun garde-fou protecteur pour ne plus prendre, pour argent comptant ce que disent les agences, et la bureaucratie internationale. Nous payons au prix fort pour qu’ils viennent nous dire, par exemple, que nous pouvons créer 500 000 emplois dans le domaine de l’efficacité énergétique. Et les officiels se couvrent : c’est l’expert mondial qui l’a dit. Ils bâtissent des politiques tordues sur la base de conclusions des agences de coopération, et des grands bureaux d’études. Je lance un défi à toute personne pouvant justifier l’emploi, rien que de 100 personnes, dans ce qu’ils appellent l’efficacité énergétique. Et de quelle efficacité énergétique parle-t-on ? Il faut une très grande dose de naïveté pour croire que la coopération internationale est là pour notre intérêt : elle est là pour l’intérêt de son pays d’origine. Prenez l’exemple de la Turquie, que beaucoup de gens n’aiment pas entendre : c’est un pays qui est monté tout seul avec tout ce qu’on sait comme politiques sectorielles menées. Je ne veux pas faire peur, mais la Cour des comptes peut avoir un côté plus soft en plus de celui de traquer, a postériori, les dilapidations de l’argent public. Ce deuxième rôle de la Cour, qui a démontré de grandes performances quant aux analyses avancées par ses spécialistes, serait de vérifier, auditer, évaluer, et valider toute action qui engage les fonds publics, afin d’éviter en amont toute « catastrophe financière » en cours de préparation. Ne voyons-nous pas des communes réaliser de nouvelles tranchées, changer les câbles très coûteux qui ont une durée de vie « indéterminée », refaire le carrelage, alors qu’il suffit de changer les lampes par d’autres plus économes, et repeindre les supports ? C’est un auditeur national qui agirait en amont qui nous manque, afin de nous préserver des conclusions de la coopération internationale, et aussi de… nos propres conclusions. Je vous remercie.


Paru dans Chantiers du Maroc N°127 – Avril 2015

 

 

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