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Moulim El Aroussi, une liberté d’expression rare
Lundi, 16 Novembre 2015 17:02

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Moulim El Aroussi était l’un des commissaires marocains de l’exposition sur le Maroc Contemporain. Il est revenu pour nous sur le succès de cette splendide manifestation.


A+E // Quels sont les chiffres concernant le «Maroc contemporain» ?


MOULIM EL AROUSSI // Les œuvres exposées étaient plus de 400, de toutes les formes et de tous les modes d’expression : Peinture, sculpture, vidéo, photographie, installations, architecture, design de l’objet, design de la mode…Nous avons voulu donner une image plus ou moins exacte de ce qui se passe au Maroc aujourd’hui sur le plan des arts visuels. Plus de cent artistes ont vu leurs œuvres exposées. Il faut signaler que nous n’avons exposé que les artistes vivants même si, malheureusement, en cours de route, Farid Belkahia nous a quittés à moins d’un mois de l’ouverture de l’exposition.
L’exposition seule a enregistré plus de cent mille visiteurs.
Il nous était très difficile de déplacer tous les artistes, mais grâce au soutien d’institutions amies marocaines et françaises, nous avons pu assurer la présence de plus de la moitié d’entre eux pendant le vernissage.


A+E // Selon vous, à quoi est dû l’immense succès de cette exposition ?


M.A // D’abord, grâce à son contenu. Mais il faut d’abord voir pour juger le contenu me direz-vous! Pour cela, la presse française et arabe basée à Paris nous a été d’un grand soutien. Nous avons réalisé deux voyages de presse bien organisés et préparés, presse écrite, télévision, radio, presse électronique… Tout s’est joué là ! A mon avis, quand vous avez le Monde, le Figaro, l’Express, le Point, Beaux-arts magazine, Art Absolument, Métro News, France Télévision, TV5, France 24, France inter… vous avez les oreilles, les yeux et les esprits du public en France.
En amont, le secret de notre réussite a été la démarche que nous avons adoptée pour choisir les artistes : sortir des sentiers battus. Il s’agissait de montrer à la presse toutes les choses auxquelles elle ne s’attendait pas, la mettre en face des mêmes problèmes que vivent les artistes dans leur petits villages, même les plus reculés.
La presse marocaine a été régulièrement informée et des conférences de presse ont été organisées, d’abord à Casablanca début septembre et une autre à Paris juste avant l’inauguration. Après cela, le bouche à oreille fonctionne aussi à merveille à Paris, et dès le premier soir, il y avait une queue d’une heure et demie d’attente. L’information s’est répandue via les smartphones et les réseaux sociaux. Du coup, le public est devenu notre soutien.


A+E // Que retenez-vous personnellement de cet événement ?


M.A // Un enseignement important! Je sais que cette exposition marque une rupture dans le cours de la courte histoire de l’art au Maroc. Il y a trente ans, j’ai participé au Mois artistique marocain à Grenoble. J’étais encore étudiant, en doctorat à Paris, et j’avais pu constater la secousse que cela avait créé sur la scène des arts plastiques au Maroc. A Grenoble, il s’agissait de l’exposition de dix-neuf artistes modernes, morts et vivants, et deux femmes Chaïbia et Fatima Hassan. Aujourd’hui, il s’agit d’une centaine d’artistes tous vivants, avec 80% de jeunes et plus de 25% de femmes. Ils s’expriment tous dans des modes contemporains.
Le changement est extraordinaire. Nous devons méditer tous ensemble sur ce phénomène. Dans un pays où il n’y a que deux écoles d’art, nous pouvons aujourd’hui organiser une exposition de cette envergure. Mais je le savais sans l’avoir jamais verbalisé; la scène marocaine est l’une des plus dynamiques de la Méditerranée. Quelles en sont les raisons, les causes? L’histoire nous le dira, c’est un grand sujet de recherche, que j’espère pouvoir faire un jour.


A+E // Qu’est-ce que cet événement a changé pour les artistes exposés, connus et inconnus ?


M.A // Je ne sais pas ce qu’ils en pensent personnellement, mais je sais que beaucoup d’entre eux sont déjà suivis par des spécialistes ou des marchands d’art en France, en Europe et dans le Monde arabe. Encore faut-il que les marchands d’art chez nous fassent correctement leur travail. Les artistes ont pu être sur les écrans de télévision, certains parmi eux ont eu l’occasion de passer sur des plateaux de radio ou de télévision, d’autres ont accroché plus d’un journaliste et ont eu ainsi une page sur un journal très lu dans les métros parisiens. Je pense surtout à Nadia Bensallam, l’une des plus jeunes artistes de notre exposition.
Ils sont aujourd’hui sur les carnets d’adresses de beaucoup de commissaires d’expositions, de galeries et de spécialistes de l’art. La balle est dans leur camp, surtout pour ceux dont les œuvres ont traversé le détroit de Gibraltar pour la première fois.

 

 

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A+E // Qu’est-ce que cet événement a changé pour l’image du Maroc ?


M.A // Beaucoup de choses à mon avis. D’abord, la presse française n’a jamais été aussi favorable au Maroc. L’expression n’est pas de moi mais de Hamid Berrada qui recevait Jack Lang sur 2M dans son émission «Mais encore».
Ensuite, et ceci je le tiens d’une émission des rédacteurs de TV5 Monde, réunis autour de Guillaume Durand: un journaliste, je crois de radio Quebec, a déclaré que lorsqu’il a appris qu’il venait dans une exposition marocaine à l’Institut du Monde Arabe, il s’est dit que ça allait être officiel et très lisse, mais à sa grande surprise, il s’est trouvé dans une exposition forte et surtout avec une liberté d’expression rare.
Nous n’avons certainement pas décidé de mettre l’accent sur tel ou tel point, mais avons choisi des œuvres qui existaient déjà, celles qui expriment le plus un Maroc contemporain et vivant. C’est cette image que nous voulions donner du Maroc. La presse y a vu de la liberté, tant mieux pour l’image du Maroc !


A+E // Au travers de cette exposition, quel est le message que le Maroc donne au reste du monde ?


M.A // Il y a plusieurs messages. Tout d’abord, la diversité dont le Maroc est fier n’est pas uniquement un texte écrit noir sur blanc dans le corpus de la Constitution marocaine votée en 2011. Elle existe et elle a été démontrée à travers les différentes expressions qui trouvaient leur place dans les créations des artistes, aussi bien jeunes que moins jeunes. Ensuite, la jeunesse marocaine est engagée dans la mondialisation et, tout en étant fière de son ancrage historique et culturel, elle est ouverte sur les problèmes, les techniques et les modes d’expressions qui évoluent dans le monde.
Enfin, la vison des mille et une merveilles que certains avaient du Maroc est bien révolue et elle n’existe plus que dans les guides touristiques peut-être; le Maroc est engagé artistiquement dans la contemporanéité.
Ces trois messages étaient aussi pour quelque chose dans la réussite de l’exposition. Le public parisien n’a plus envie de voir les Marocains lui exposer à chaque occasion ce qu‘il connait déjà de Marrakech.


Entretien realisé par Lorraine PINCEMAIL
Crédit photos : D.R

 

Moulim El Aroussi

 

Doctorat de philosophie à Paris I, Ethique politique et esthétique.
Enseigne la philosophie de l’art dans plusieurs universités au Maroc, en France et en Tunisie.
Chargé de l’école des Beaux-arts de Casablanca de 1989 à 1996 pour rénover l’enseignement artistique et cette époque qui donnera les grands noms de l’art contemporain au Maroc.


Commissaire de plusieurs expositions et événements artistiques, notamment :
- Tendance de la peinture contemporaine au Maghreb
- Rencontre de la Jeune peinture, avec Wafabank
- Absolutement artistes Il est également auteur de plusieurs livres sur l’art au Maroc et dans le monde arabe.
- Esthétique et Art Islamique
- Les tendances de la peinture contemporaine marocaine
- Identité et modernité dans la peinture marocaine. Zoom sur les années soixante au Maroc


Par ailleurs romancier, dans son dernier roman en arabe « Anges des mirages », il recompose l’histoire du Maroc, appelé Occident musulman, pour y déceler pourquoi le Maroc a tourné le dos à la modernité alors qu’elle est née à 14 km de l’autre côté de la Méditerranée.



Paru dans A+E Architecture et environnement au Maroc #6 – 1T – 2015

 

 

 

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