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Architecture et environnement au Maroc
Interview : Mounsif IBNOUSSINA, Enseignant chercheur à l’université CADI AYYAD, faculté des sciences SEMLALIA- département de géologie- Marrakech
Vendredi, 11 Mars 2016 15:28

mounsif-ibnoussina

 

 

Quelle expérience possède votre université dans le domaine de l’architecture de terre ?


M.I : Depuis une quarantaine d’années, l’architecture de terre au Maroc a connu un regain d’intérêt qui s’est manifesté par la prise en compte de la valeur du patrimoine architectural en terre par les autorités gouvernementales, avec la création du CERKAS (centre de conservation et de réhabilitation du patrimoine architectural atlasique et subatlasique) qui s’est chargé du recensement et de la conservation du patrimoine architectural en terre au Maroc.
A l’échelle de l’université Cadi Ayyad, le pôlematériaux et architecture de terre a produit plusieurs travaux et études, tant sur le matériau que sur le patrimoine bâti. Les chercheurs de la faculté des sciences Semlalia se penchent activement sur ce sujet depuis une quinzaine d’années, via plusieurs manifestations scientifiques, notamment la Rencontre internationale sur le patrimoine architectural méditerranéen (RIPAM2) en 2007 et l’école intensive du patrimoine en 2011. En 2013, une convention entre la faculté des sciences Semlalia et l’école nationale d’architecture de Marrakech (ENA Marrakech) a permis d’assurer un module complet d’enseignement (cours, travaux pratiques et stages de terrain) aux étudiants de cette école.


Avez-vous des conventions avec d’autres universités s’intéressant à ce domaine, au Maroc ou à l’international ?


M.I : Nous avons élaboré un programme de recherche, grâce à une coopération bilatérale entre l’équipe de recherches de l’Institut pour la conservation et la valorisation du patrimoine culturel de Florence (ICVBC) et celle de l’Institut polytechnique de Turin sous l’égide du Centre national de recherche italien (CNRI) et notre laboratoire de recherches (DyBaGeo) de l’université Cadi Ayyad sous l’égide du Centre national de recherche scientifique et technique marocain (CNRST). De même, nous avons une convention avec nos partenaires portugais de l’université Lusiada de Lisbonne pour développer la filière terre.
A l’échelle nationale, nous avons entretenu une large collaboration avec l’école nationale d’architecture de Marrakech (ENA) et dont la fructification verra le jour avec la récente décision du gouvernement de donner l’autonomie à l’ENA Marrakech, institution qui, à mon sens, devrait être dédiée à ce type d’architecture vu sa situation géographique.


Pourquoi l’université s’intéresse-t-elle à l’architecture de terre ?


M.I : Au Maroc, la construction en terre vient d’être réglementée à l’instar des autres pays en avance dans ce domaine. Il s’agit du règlement parasismique de la construction en terre (RPCT 2011), dans lequel est stipulé le choix des matériaux destinés à la construction en terre. Militer en faveur de l’utilisation du matériau terre devient une priorité qui incombe aux autorités gouvernementales et surtout aux chercheurs qui doivent prouver sa solvabilité.
Par ailleurs, la valorisation de cette ressource naturelle est conditionnée par son identification, par l’étude de ses propriétés physiques et chimiques et de ses caractéristiques mécaniques, ainsi que par les techniques de construction appropriées. C’est dans cette optique que notre laboratoire, qui est une structure de recherche de l’université Cadi Ayyad, s’active dans cette recherche opérationnelle sur des sites aux alentours de la ville de Marrakech, potentiellement riches en ressources de terre crue, adaptées à la promotion de l’architecture de terre construction.


En tant qu’organisateur du congrès international sur l’architecture de terre en Afrique du Nord 2015 à Marrakech, que visiez-vous ?


M.I : Nous avons organisé le premier congrès international sur l’architecture de terre en Afrique du Nord (CIAT2015) dans l’objectif de réunir le maximum de chercheurs, de spécialistes et de professionnels de cette discipline, mais aussi de créer une dynamique entre eux. Le but final étant d’étudier le matériau terre avec l’objectivité des moyens scientifiques disponibles et avec une solide évaluation de ses potentialités dans l’avenir.
Notre souci est de valoriser ce matériau noble par son utilisation dans la construction. Nous souhaitons aussi encourager le développement d’une typologie d’habitat économique et durable, à coût moindre et confortable pour une catégorie de population insolvable.
La recherche scientifique et la synergie entre les différentes compétences présentes lors de la manifestation servira à combler, à court terme, les éventuelles lacunes en termes de législation spécifique à l’architecture de terre, notamment dans le cadre des ateliers organisés à l’issu du CIAT 2015. Ces ateliers ont permis de matérialiser, grandeur nature, les prescriptions spécifiques aux matériaux terre et de confronter non seulement les chercheurs et professionnels présents, mais aussi les jeunes étudiants en architecture des écoles d’architecture marocaines, italiennes et espagnoles.


Quelles ont été les retombées d’une telle manifestation ?


M.I : Aujourd’hui, la place du matériau terre dans la construction contemporaine est au cœur d’enjeux considérables. Des projets architecturaux de plus en plus signifiants et remarqués s’implantent, surtout dans le périmètre périurbain de la ville de Marrakech, par des architectes spécialisés. C’est un matériau prometteur dans le secteur du bâtiment, et principalement dans un contexte de développement durable.
Par le CIAT 2015, nous espérons contribuer à la promotion et donc à la valorisation du matériau terre comme matériau de construction alternatif. En effet, cette année on a été sollicité pour encadrer des sujets de thèse de Master et de doctorat dans le domaine des matériaux et des architectures de terre. Nous espérons aussi que notre action incitera au développement de la filière terre dans les projets de construction et que les résultats de ces travaux serviront de base à d’éventuelles restaurations du patrimoine architectural du pays.


De votre point de vue, quel est l’avenir de l’architecture de terre au Maroc ?


M.I : La croissance démographique que connaît le Maroc et la demande de plus en plus accentuée en logements économiques, mais aussi exigeants une meilleure qualité d’habitabilité et de confort, induisent des coûts supplémentaires en énergie, dans un pays qui importe l’essentiel de son énergie. Il en va de même du coût des matériaux conventionnels dits «modernes», et celui de leur transport, sans oublier les déchets et la pollution qu’ils engendrent. S’ajoutent à ces contraintes, l’urbanisation et le développement des projets immobiliers qui impliquent l’excavation de volumes considérables de terre engendrant ainsi des pertes économiques colossales (matériau non réutilisable économiquement).
Ces contraintes économiques associées au souci de préservation de l’environnement amènent à réfléchir à l’utilisation de la terre comme matériau de construction alternatif. Cette ressource naturelle, abondante au Maroc, et dont l’utilisation est maîtrisée (par un savoir-faire ancestral) pour la production d’un habitat accessible, offre des caractéristiques qui s’intègrent parfaitement dans son environnement. Ces facteurs sont autant d’éléments qui peuvent aider à surmonter la crise du logement, de l’énergie et de l’environnement.
L’architecture de terre se présente donc comme idéale et conduirait, par là même, à une importante économie d’énergie (de transformation) mais aussi à une réduction de la pollution à la veille de la COP22 qui se tiendra au Maroc en 2016.

 

Paru dans CDM Chantiers du Maroc – n°135 – Janvier 2016

 

 

 
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