Archimedia, 1er groupe des médias du bâtiment au Maroc

Interview Abdehamid Ghandi, décorateur d'intérieur
Mardi, 19 Avril 2016 16:11

abdelhamid-ghandi

 

 

 

Abdelhamid Ghandi nous propose une balade, un voyage merveilleux au travers des mots et des dessins. Il a cherché à transmettre avec sincérité la grandeur d’un des piliers de l’artisanat marocain : le fer forgé. Ce livre permet de consigner, pour la première fois, un art jusque là transmis oralement. Une aventure culturelle et humaine riche, qui lui a pris 10 ans de recherches et quelques années supplémentaires pour autofinancer l’édition du livre.


Quel est votre parcours professionnel ?


A.G : J’ai commencé comme enseignant en technologie et dessin de bâtiments pendant 3 ans. Ensuite, j’ai collaboré pendant 25 ans avec des architectes allemands, français et marocains. A mes 50 ans, je me suis installé à mon propre compte, en créant une société de décoration liée aux arts, complétant l’architecture marocaine (Zelliges, plâtre, sculpture….).


Comment êtes-vous venu au fer forgé ?


A.G : Mes quarante ans ont été un tournant dans ma vie. J’ai fait le bilan de mes apprentissages, mes ratages et mes passions. Dans la même foulée, je me suis posé la question de l’empreinte que je voulais laisser pour mon pays et aux futures générations. L’idée de faire un livre est née ! Après quelques recherches, dont l’objet était de trouver un sujet à mon livre, je me suis très vite aperçu que les écrits sur les patrimoines traditionnels sont très minces, et que ces arts se transmettent oralement. Le fer forgé était le moins reconnu, le moins écrit, peut-être même un peu dénigré. J’ai alors commencé par passer du temps avec les artisans. Temps qui s’est allongé de plus en plus car ma passion et mon amour pour cet art avaient pris le dessus sur moi…


Parallèlement, j’ai demandé les avis des personnalités des milieux culturels et académiques concernés par ce domaine. Les verbatims suivants sont des extraits de leurs retours :


- Germain Ayache, historien marocain. «Il faut vous féliciter sans réserve pour votre entreprise, …. Vous devez absolument aboutir».
Rabat, le 21 avril 1989
- Teresa Wagner, section de promotion des arts, secteur de la culture et de la communication UNESCO. «Le parallèle que vous faites dans votre recherche entre l’histoire politique et culturelle du Maroc et l’évolution des dessins et motifs de cet art suivant une approche socioculturelle de l’art, me parait digne du plus grand intérêt». Paris, le 22 avril 1989
- Docteur Abdelouhab Tazi, doyen de la faculté de Lettres et Sciences humaines, Fès. «Votre tentative d’étudier cet art dans son évolution historique est très intéressante…». Rabat, le 17 mai 1989
- Alejandro Alva Balderrama, architecte, ICCROM «Je pense que c’est une excellente initiative .... Il est très important que les connaissances sur l’artisanat ne se perdent pas comme c’est, hélas, souvent le cas». Rome, le 05 juin 1989.
- Dominique Champault, directeur de recherches CNRS, Musée de l’homme. «Je ne peux qu’apprécier le sérieux avec lequel vous avez conduit votre recherche...». Paris, le 06 novembre 1989 Les réponses encourageantes m’ont rassuré quant à l’objet de ma recherche.


Vous avez rédigé cette encyclopédie riche et documentée de plus de 400 pages sur le fer forgé en plus de 10 ans.

 

Pouvez-vous nous donner un bref aperçu de ce qu’on peut comprendre ou apprendre dans votre ouvrage?


A.G : Les motifs des grilles d’antan racontaient des histoires culturelles, historiques, poétiques, parfois même amoureuses ou burlesques… Elles sont le résultat d’un cheminement intellectuel ou émotionnel d’un artiste.


L’exemple des motifs de fer forgé nommés « Soualef Madame » (image 1) et un autre nommé « L’jadarmi » (image 2) est un joli témoignage :


Il se raconte qu’à l’époque du protectorat, les Français avaient pour coutume de visiter les ateliers d’artisans. C’est ainsi qu’une femme d’un contrôleur civil, à force de visites dans l’atelier d’un forgeron, a conquis le cœur d’un «M’allam». Ce grand amour a débordé du cœur de l’artisan. Il extériorise ses sentiments inventant un grillage aux formes inspirées de la beauté de la coiffure de sa bien-aimée. Il a donc nommé son œuvre « Soualef Madame ».


Cette forme est peu utilisée dans la société marocaine, et chez les forgerons, parce qu’elle rappelle cette histoire d’amour, un peu vulgaire, à leurs yeux. Nous avons repéré « Soualef Madame » dans les hammams et dans « L’msriyat » : des espèces de petits appartements où les gens se rencontraient, pour écouter de la musique, lire de la poésie ou pour s’adonner à d’autres activités… L’utilisation de cette grille est donc en liaison avec la fonction de l’espace.


Quand l’histoire de la grille « Soualef Madame » est arrivée au mari, celui-ci a envoyé un gendarme pour réprimer et arrêter ce « m’allam ». Le gendarme, lors de l’arrestation, a utilisé toute l’autorité, le pouvoir et la force pour accomplir la mission dont il était chargé. Chose qui a étonné et marqué « L’Mallam » d’en face. Il a alors conçu une nouvelle grille : « l’Jadarmi ».


Pouvez-vous nous en dire plus ?


A.G : Nous imaginons le forgeron comme une personne cloîtrée entre des murs, jouant hasardeusement avec du métal et du feu. Or, certaines grilles témoignent de la générosité, de la culture, de l’intellect et de la sensibilité de l’artisan par rapport aux évènements historiques de notre pays.


Le forgeron a sa propre expression, qui est autant louable et admirable que la poésie, la philosophie… Si on prend le cas des « Tl’lala » qui sont des grilles avec un vide au milieu qui permettent d’y pencher sa tête vers l’extérieur : les noms de « Tl’lala Mhrab Lam’sallmine » (image 3) et « Tl’lala Mhrab Lihoud» (image 4) reflètent la cohésion sociale et la tolérance qui existaient au Maroc entre les musulmans et Juifs.
La grille « Mhrablkamiss » (image 5) est quant à elle un témoignage d’amour dans lequel le forgeron démontre sa joie au retour du Roi Mohamed V de l’exil et à l’obtention de l’indépendance.


Que pensez-vous de l’état de cet art au Maroc ?


A.G : Nos ancêtres nous ont laissé un sacré héritage, tellement grand et fabuleux qu’il en devient impressionnant, d’où la difficulté de le comprendre et le maîtriser. La conséquence en a été un désintéressement et refus de l’artisanat considéré comme «has been». Heureusement, la nouvelle génération, avec toute sa soif, fougue et courage de jeunesse, porte un intérêt pour notre identité, reprend les choses en main, essaie de donner des interprétations au fer forgé. On retrouve cela dans les tôles perforées au laser par un motif artisanal. Mais je trouve que le fer forgé reste encore marginalisé, comparé à l’essor qu’ont connus d’autres arts tels quele zellige.


Le fer forgé est-il enseigné dans les instituts des métiers du bâtiment au Maroc ?

 

A.G : Certains organismes : le ministère de l’Artisanat de la formation professionnelle et l’académie des arts de la mosquée Hassan II enseignent les arts marocains complétant l’architecture marocaine, et le fer forgé en fait partie.
Par contre, peu d’écoles d’architecture au Maroc s’intéressent à ces arts et artisans, chose qui nous donne des maîtres d’œuvre dont le langage architectural emprunte à la mondialisation bien plus à qu’à notre identité marocaine. Or, notre identité est notre force, s’en dévêtir peut être une menace pour notre culture.


Vous avez vous-même financé votre livre, pourquoi et comment assurez-vous la promotion de votre livre ?


A.G : J’ai soumis mon livre à des maisons d’éditions, j’ai été accepté par certaines et essuyé des refus par d’autres. La maison d’édition est une ouverture magnifique sur le monde, mais une machine qui m’impressionnait plus qu’elle me séduisait. J’ai préféré prendre le temps pour maîtriser. Comme le travail d’artisanat inclut cette notion de temps, je suis dans la même démarche. Je vends mon livre par correspondance. Je fais aussi une petite campagne de séduction qui sort des sentiers battus, via Instagram et Facebook.


Quels sont vos projets et espoirs ?


A.G : Pour rendre hommage aux artisans que j’ai rencontrés, je suis en train de monter le projet d’un musée du fer forgé. Parallèlement, je me lance dans le même type de recherche pour le zellige.

 

Paru dans CDM Chantiers du Maroc n° 137 – Mars 2016

 

 

 

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