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Bouchaib Benhamida, architecte de l'émergence de l'entreprise de BTP
Lundi, 05 Décembre 2011 09:16

Bouchaib-Benhamida

BOUCHAIB BENHAMIDA - Président FNBTP

 


Quoiqu'on en dise, l'Histoire reconnaîtra Bouchaib Benhamida comme l'homme-providence qui a fait passer l'entreprise marocaine de construction d'un âge à un autre. Il est l'architecte du premier contrat-programme qui a permis en quelques années de « fabriquer » dans la foulée les champions nationaux. Dans cet entretien-bilan, et à la veille des échéances électorales, il nous fait part des récentes avancées du 2e contrat-programme.


§Où en est le projet du nouveau décret de passation des marchés publics ?

B.B : « D'après les dernières informations que nous avons, il est en phase de passer en conseil de gouvernement puis au conseil des ministres afin d'être adopté. Il y a eu un excellent travail de concertation avec l'ensemble des professionnels et ce, dès le lendemain de l'adoption du texte de 2007. Sur ce plan, nous pouvons dire que nous avons fait preuve d'une grande réactivité. De son côté, le gouvernement a fait preuve d'une grande qualité d'écoute bien que certaines demandes et doléances n'ont pas été prises en compte. Mais, au final, c'est un texte qui va, globalement, dans le bon sens. Je voudrais insister sur le fait que la FNBTP a été particulièrement très présente en faisant preuve d'une assiduité et d'une participation exemplaires ».


§Quelles avancées ce projet contient-il par rapport à l'ancien ?

B.B « Le premier acquis, c'est qu'il y a un décret unifié pour tous les marchés publics. Nous ne pouvions pas travailler avec l'Etat d'une certaine manière et avec les établissements publics et les collectivités locales d'une autre manière. Il faut qu'il y ait une seule règle du jeu pour tout le monde. Dans la pratique d'aujourd'hui, même s'il n'y a qu'un seul décret, il y a plusieurs règlements chez les établissements publics dont certains sont abusifs. Savez-vous qu'il y a un office qui n'applique la révision des prix que pour les marchés qui ont plus d'un an ? Ce n'est pas normal et le nouveau texte va mettre fin à ces abus. Le deuxième point important pour notre secteur, c'est la révision de la généralisation des prix quel que soit le délai. Par ailleurs, dans la pratique actuelle, si un concurrent estime que le temps imparti est insuffisant pour préparer une offre, il ne peut rien faire et abandonne tout simplement sa soumission. Vous savez que c'est une pratique de fraude assez courante que de donner à un soumissionnaire complice, à l'avance, les informations sur le marché et laisser un délai très court aux autres. Parfois c'est très pénalisant, comme dans le cas où il faut faires des études préliminaires. Maintenant, si un entrepreneur pense que le délai est très court, il peut déposer une demande qui sera examinée et peut-être acceptée. Le nouveau projet obligera le maître d'ouvrage à répondre à toute demande d'explication. Déjà en 2007, nous avions fait une avancée, puisqu'il y avait obligation de diffuser à l'ensemble des soumissionnaires les questions et réponses de chacun. Cependant, le maître d'ouvrage pouvait ne pas répondre alors qu'aujourd'hui il doit s'y astreindre. Nous avons également tenu à préciser dans le nouveau décret la signification des vocables utilisés comme qu'est-ce que c'est que « cacheter », « fermer une enveloppe »… il est plus simple et plus clair. Un grand effort de pédagogie a été fourni. Désormais, obligation est faite au ministre qui chapeaute l'administration en charge du dossier de répondre aux réclamations ainsi que la possibilité aux entreprises de s'adresser directement à la commission des marchés. C'est un droit reconnu ave des délais précis. Enfin, l'utilisation d'Internet avec une efficacité redoutable, puisque aujourd'hui vous pouvez retirer les documents et vous enregistrer en même temps ».


§ Et concernant l'accès des entreprises étrangères aux marchés publics ?

B.B : « « Sur ce plan rien n'a changé et le principe de la préférence nationale est toujours d'actualité. Le maître d'ouvrage a le droit de majorer les offres étrangères jusqu'à 15% pour favoriser l'entreprise marocaine, mais tous les ministères n'appliquent pas cela. Cependant, il y a un point qui a changé, c'est que le entreprises étrangères étaient exemptées de produire certains documents administratifs. Cela a donné lieu à des fraudes et des abus et plusieurs chantiers ont du être abandonnés par des entreprises étrangères devenues insolvables en cours de route… Sans trop alourdir la machine, nous avons demandé à ce que les documents administratifs soient authentifiés par nos représentations diplomatiques dans le pays d'origine ».


§Où en est le centre de formation aux métiers du bâtiment de Settat ?

B.B : « Les salles de classe, les locaux administratifs, les internats sont terminés. Il reste, dans le bâtiment principal, l'amphithéâtre et les ateliers qui sont encore en cours de construction. L'assistance technique est également en cours, et même en avance, pour la définition des programmes. On commence à avoir les premiers rapports dont celui de la définition des besoins d'équipement, etc. Pour certains métiers, on pense qu'on aura pour la fin de ce mois-ci les définitions du programme et les supports pédagogiques et nous espérons être fin prêts pour la prochaine rentrée universitaire 2012-2013 ».


§ Comment fonctionnera-t-il, en internat ou externat ou en formule mixte ?

B.B : « Le centre fonctionnera uniquement sous forme d'internat qui pourra recevoir et héberger 450 étudiants en même temps mais avec des durées de formation plus ou moins longues ; ce qui fait qu'on aura grosso modo entre 800 et 1.000 lauréats par an. Certains vont rester 6 mois, d'autres une année voire deux ans pour certains métiers. La formation résidentielle a été privilégiée car les jeunes doivent apprendre un métier mais également la discipline qui va avec. Dans un chantier, le confort est précaire, parfois vous êtes obligé d'y loger et notre objectif est de nous rapprocher autant que faire se peut des conditions de travail réelles ». Désormais, obligation est faite au ministre qui chapeaute l'administration en charge du dossier de répondre aux réclamations le BTP commence à susciter de véritables vocations


§ Qui vous accompagne dans ce premier projet de centre de formation ?

B.B : « Il y a d'abord le CID, qui est le plus grand bureau d'études au Maroc, mais également l'Ecole Française d'Aigleton, qui est liée à la Fédération Française des Travaux Publics. Celle-ci assure la formation à la fois initiale et continue pour les métiers tels que les nôtres. Elle nous apporte son expertise dans le cadre de la coopération via une convention bilatérale de soutien avec la Fédération Française des Travaux Publics ».


§ Quel est le bilan de votre coopération avec les universités publiques pour produire les licences professionnelles ?

B.B : « À ce niveau, nous sommes très satisfaits car nous avons pratiquement 100% de taux d'insertion et de très bons retours de la part des entreprises, qui se réjouissent d'avoir ce type de profil. D'ailleurs, l'engouement est tel que nous espérons, après Casa, Marrakech puis Settat et l'Université MV de Rabat avec laquelle nous allons bientôt signer, avoir avant la fin de l'année les plus importantes universités du Royaume avec nous : Oujda, El Jadida, Fès ».


§ Quel est le secret de cette formation à succès ?

B.B : « « Nous voulions être le plus proches possible des besoins de l'entreprise en formant des cadres moyens, des gens qui savent gérer des projets du BTP. Ils ne sont ni ingénieurs ni techniciens mais ils ont une bonne connaissance des aspects techniques grâce auxquels ils vont pouvoir gérer différentes problématiques qui se posent dans un chantier. En tant que gestionnaires de projets, ils sont le maillon indispensable entre le bureau et le chantier ».


§ D'une manière générale, quel regard portez-vous sur l'enseignement des techniciens des métiers du BTP au Maroc ? Les entreprises sont-elles satisfaites des profils formés ? Y-a-t-il adéquation entre l'offre et la demande ?

B.B : « Il y a certes des manques que nous avons relevés, mais nous pensons que d'une manière générale, les entreprises sont satisfaites des formations dispensées. Cependant, il y a d'autres problèmes inhérents aux métiers mêmes du BTP. Partout dans le monde, ce n'est pas un métier très attractif sauf dans la conduite et la maintenance des engins. Et c'est d'ailleurs avec la formation à ces métiers que nous démarrons la formation dans notre école de Settat. C'est vrai que les techniciens vont avoir tendance à aller d'abord dans les bureaux d'études, par exemple, mais cela n'est plus vrai et le BTP commence à susciter de véritables vocations, des gens y font carrière et ce pour le plus grand bonheur des entreprises ». n Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste le système VAP que vous avez mis en place au sein de votre Fédération ? B.B : « « C'est une histoire qui ressemble à celle de Monsieur Jourdain qui découvre un jour qu'il faisait de la prose sans le savoir. Même sans école ni centre de formation dédié, les gens ont beaucoup appris sur le terrain et sont devenus des experts dans leur domaine. L'entreprise est, de fait, le premier centre de formation et à ce titre, nous étions persuadés qu'il fallait valoriser cet apprentissage car la qualité du travail des ouvriers même si elle était reconnue n'était pas conceptualisée. Or, nous savons tous qu'il y a au sein de certaines entreprises des personnes très expérimentées qui sont plus compétentes que d'autres qui sont jeunes diplômés mais à qui il manque l'expérience qu'ils n'auront qu'au bout de quelques années. Or jusqu'à aujourd'hui, il n'y avait aucune possibilités de reconnaître les capacités et le savoir-faire de ce vivier de personnes. C'est pour cela qu'à l'instar de ce qui se faisait avant dans certains offices qui ont produit des « ingénieurs maison », nous avons mis en place un système de reconnaissance avec un jury dans lequel nous sommes très impliqués au même titre que le ministère de l'Emploi et qui délivre un diplôme. Ceci, nous le faisons avec une grande conviction et grâce à la mobilisation de chefs d'entreprises affiliées à la FNBTP et qui donnent beaucoup de temps à cette activité ». n Quels sont les résultats obtenus à ce jour de la validation des acquis professionnels ? B.B : « « On a commencé timidement avec une trentaine de diplômés sur lesquels plus des 2/3 ont reçu un certificat qui atteste qu'ils ont obtenu le niveau de chef de chantier et ça, c'est quelque chose d'extraordinaire. J'ai vu de mes propres yeux quelqu'un pleurer parce que c'est la première fois de sa vie qu'il reçoit un diplôme qu'il a fièrement arboré à côté de ceux de ses enfants. Puis nous avons doublé ce chiffre, sachant que ce travail est très fastidieux car il faut l'exécuter avec méthode et sérieux… Tout ceci va déboucher sur une loi qui va reconnaître d'une manière la plus officielle ce diplôme et lui donner toute son équivalence. Et qui permettrait éventuellement de reprendre les études »


§ Quel bilan faites-vous de l'entreprise construction marocaine durant cette dernière décennie et quels sont les nouveaux défis qui l'attendent ?

B.B : « « Sans complexe, nous pouvons dire que durant cette dernière décennie, nos entreprises ont fait preuve d'une réactivité et d'un réel sens de l'anticipation pour pouvoir participer à la construction de ce Maroc qui avance vite. Tout le monde constate que le rythme de lancement des programmes est un rythme tel qu'on n'en a jamais connu auparavant. Depuis l'année 2000, ce sont des montants pharaoniques qui sont investis dans des projets de plus en plus ambitieux à la fois techniquement mais aussi complexes dans leur montage financier. On construit de plus en plus de barrages, de ports, de routes et d'autoroutes, de voies chemin de fer, de gares… mais nos entreprise ont aujourd'hui peur parce que nous avons le sentiment que cette ouverture tous azimuts pourrait nous porter préjudice. Nombre d'entreprises étrangères se sont avérées défaillantes, ce qui déstructure le marché sans compter que, souvent, elles n'ont pas de stratégie sur le long terme. Elles vont tout simplement venir « piquer » des compétences aux entreprises locales alors que celles-ci ont mis des années à les former. Ce sont des pratiques qui créent des problèmes et cela, aussi, déstructure le marché de l'emploi. En définitive, nous avons l'impression que nos dirigeants s'intéressent beaucoup plus au produit final plutôt qu'au processus et aux forces qui le construisent. Autre problème que nous revendiquons haut et fort, c'est la réciprocité. Une entreprise marocaine n'a aucune chance de travailler en Europe ne serait-ce que par la problématique du visa. Il faudrait plus d'équité ».

 

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