20 ans après…un autre assainissement Imprimer
Mardi, 03 Janvier 2017 17:10

 

 

La campagne d’assainissement qui a été infligée aux marocains il y a 20 ans est un des dossiers des plus des plus sombres de l’histoire récente du Maroc. A cette époque, durant deux ans, une chasse aux sorcières nationale a été diligentée par les autorités de l’époque avec, à leur tête un Driss Basri omniscient, omnipotent et omniprésent voulant mettre un terme aux fraudes gangrénant le monde des affaires. Après avoir constaté des abus constatés dans les Admission Temporaires ( AT) le rouleau compresseur était mis en action pour mettre fin à la corruption et la contrebande qui sévissaient dans l’économie marocaine.


Deux ans après, par grâce royale, toutes les personnes poursuivies furent libérées et les « affaires » ont repris de plus belle en laissant au passage, des cicatrices indélébiles. Parmi ces affaires, celle du pharmacien Moncef Benabderazik est celle qui illustre le plus les risques de dérive qui existent dans de telles opérations d’assainissement. Poursuivi pour importation illégale de sang dont la qualité avait été considérée non conforme, il avait fait les choux gras de la presse. Mais il y eu également le cas d’autres personnes trainées dans la boue et humiliés.


En réalité, la campagne qui commença par des affaires précises et bien ciblées fut le prétexte à des règlements de compte sous prétexte d’assainissement où les intérêts personnels prirent le dessus sur l’intérêt général. L’improvisation et l’injustice caractérisées s’invitèrent à cette bérézina où les arrestations étaient devenues le lot quotidien. Devant une telle chasse aux sorcières, le ministre des droits de l’Homme, Maitre Mohamed Ziane démissionna avec fracas en plein milieu de cette campagne sauvage qui avait dérapé. Un fait rarissime dans le Maroc de Hassan II. Avec la promulgation de la loi 66-12, c’est ce qui risque d’arriver aux professionnels du bâtiment avec, à leur tête, les architectes. Préparée dans la précipitation, suite à une série d’accidents et d’effondrements malencontreux fruits du circuit « occulte » des autorisations de construire, elle est censée mettre de l’ordre dans les chantiers de construction. Elle fait l’amalgame entre les chantiers gérés correctement par les professionnels de l’art de bâtir et ceux, beaucoup plus nombreux, qui échappent.au circuit formel.


Architectes, ingénieurs, entrepreneurs et promoteurs immobiliers risquent, ainsi, de faire les frais de la vindicte d’une administration minée par la corruption et de tous ses sous-fifres comme la pléthore de techniciens qui y sévissent et en font leur fonds de commerce. La case prison est une épée de Damoclès désormais pendue sur leurs têtes !
Lors du SIB 2016, qui s’est tenu courant novembre, les architectes ont manifesté leur mécontentement en organisant plusieurs réunions et en portant des brassards. Une attitude pacifique et responsable qui ne manquera pas de dégénérer si leurs légitimes doléances ne sont pas prises en compte. Comme il y a 20 ans, tout le pays risque de s’ankyloser si la concertation n’est pas de mise. En respectant scrupuleusement et à la lettre une loi concoctée à la va-vite le secteur du bâtiment risque de connaitre un arrêt fatidique.
Un mauvais signe pou les investisseurs de tous bords.

 

Fouad Akalay


CDM 145




Parus dans CDM Chantiers du Maroc n° 145 – Décembre 2016